Madone de Laroque

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Il nous faut malheureusement admettre aujourd’hui que tout l’œuvre peint de Léonard est sublime, inachevé et lacunaire. Aussi quand le hasard met sur notre chemin un tableau au « phrasé » léonardien ou léonardesque, pourquoi ne pas écouter ce qu’il a à nous dire ?

Ce que l’on voit : La Madone de Laroque, du nom du village cévenole où elle fut découverte, a bien voulu réapparaître sur nos terres après 5 siècles d’errance et de cachette. Le maître de la Madone, appelons le comme çà pour l’instant, a peint la Vierge assise tête penchée sur l’Enfant, qu’elle allaite, couché sur ses genoux jambes croisés, tandis que saint Jean se tient debout à leurs côtés. La main droite de Marie soutient le Christ, la gauche est posée sur les épaules du précurseur. Ce dernier tient dans sa senestre une aiguille dont le chas est pénétré par un fil d’or, prolongement de la chevelure de la fille d’Anne. Sa dextre tient son emblème reposant sur ses épaules : une croix de roseau dont la l’axe horizontal est asymétrique et légèrement incliné, formant une sorte de L italique. En effectuant un rapprochement avec les attributs cités plus haut nous pouvons être en présence d’un fuseau. Si l’Enfant est nu, la Vierge est habillée d’un corsage « transparent », d’une robe rouge peut être, et d’un manteau bleu à la doublure jaune. Jean pour sa part est revêtu d’une simple tunique de bure gris-bleu. Derrière eux, à gauche les ruines d’un abri, à droite une « fenêtre » arborée laisse apercevoir un lac de montagne baigné d’une lumière crépusculaire. A ce stade l’œuvre évoque une combinaison de plusieurs compositions léonardiennes et léonardesques : La Vierge aux rochers, les Vierges au fuseau et la Madone Litta (désattribuée au maître), l’esquisse d’une Vierge allaitante conservée à Windsor (Royal Library 12776).

Œuvre léonardienne ou léonardesque ? Comment les spécialistes, au nombre de 4 ou 5, pas plus, de par le monde, vont-ils s’y prendre pour déterminer l’autographie de cette peinture ? Leur responsabilité est énorme, leur réputation est en jeu et la science dans ce cas n’est qu’une béquille. En premier lieu ils vont s’appuyer sur les analyses de datation. Celles-ci effectuées au CNRS/CNPE de Clermont-Ferrand fournissent une fourchette d’une vingtaine d’années à cheval sur la fin du quattrocento et les débuts du cinquecento. L’imprécision est presque normale, nos bombes nucléaires ne sont pas étrangères au phénomène. Sauf erreur, les analyses des pigments renforcent la datation. Editech, un laboratoire italien avait trouvé du jaune de Naples, pigment incompatible avec une œuvre du 16ème siècle. La contre-expertise a infirmé l’analyse. En retournant sur ses terres, un œil expert pense avoir découvert une empreinte digitale. Nous en connaissons une du Vinci. L’université de Chieti dans les Abruzzes est à même de les comparer, elle nous fournirait une seconde béquille. La photographie, infrarouge et ultraviolette notamment, fait depuis longtemps partie de la panoplie de l’expert. Elle permet de discerner l’indiscernable, de révéler le caché, nous allons en parler plus loin.

L’œil et la connaissance : Quand il prend pour la première fois le tableau entre ses mains, l’expert constate que celui-ci a subi les dommages du temps, et que l’homme n’a pas toujours été précautionneux à son égard. Le panneau de peuplier en une seule planche de 0,48 x 0,59 cm est coupé, usé, repeint et ovalisé. Pour apposer sa peinture à tempéra l’artiste a choisi de recouvrir le bois d’une fine toile de lin, c’est un indice léonardien. Pour continuer dans ce registre, la nimbe de la Vierge, une couronne-diadème faite d’entrelacs très raffinés, relève de ce que l’on nomme les nodi vinciani, les « nœuds vincien », un élément d’un extraordinaire intérêt pour les spécialistes du génie toscan. En balayant cette peinture tout un chacun peut juger qu’une main virtuose s’est attardée sur le visage du saint Jean, sur le drapé de l’habit de la Vierge. Nombre d’études, d’esquisses et d’œuvres dûment attribuées au maître seront convoquées pour établir s’il s’agit d’un travail effectué par celui auquel nous pensons, ou bien s’il faut chercher parmi ses élèves les plus doués, Giampetrino ou Boltraffio etc… les léonardesques. De toute façon la réalisation trahit plusieurs mains et une autographie partielle ne pourrait nous satisfaire ni rendre hommage à la mémoire de ses créateurs ! L’objectif de l’appareil photo, une camera obscura moderne, révèle un sourire « nouveau » de la Madone. Il est Verrocchiesque et par extension oh combien Vincien ! Les sources littéraires sont moins disertes. Evidemment on sait d’après les carnets de Léonard qu’en 1478 il avait réalisé deux Vierges à l’Enfant dont nous n’avons perdu les traces, mais notre Madone est plus récente. Evidemment nous sommes toujours à la recherche de la Madone réalisée pour Florimond Robertet, le grand commis de Louis XII et François 1er, mais notre Madone ne correspond pas à la description qu’en fait un agent d’Isabelle d’Este. Alors il faut que les spécialistes se replongent dans les notes des uns et des autres, dans les testaments, celui de Salaï par exemple, pour tenter de retracer un parcours certainement chaotique entre la Lombardie ou la Toscane et les Cévennes. Il y a matière n’en doutons pas. L’aventure commencée il ya sept ans est loin d’être terminée à condition qu’un mécène des temps modernes sache tendre l’oreille et écouter avec nous ce que ce tableau à a nous dire, lui sur qui Léonard a posé les yeux.

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